Tristesse

Des romans délicieux à se mettre sous les yeux…

 Peut-être avez-vous eu la chance d’entendre la chronique littéraire d‘Anne Fortin, libraire-propriétaire de la Librairie Gourmande, à l’émission Bien dans son assiette, diffusée sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada.

Sinon, voici deux de ses suggestions de romans à dévorer sans trop tarder !

 

Bonne lecture !

 

Traité culinaire à l’usage des femmes tristes, Héctor Adab Faciolince, éditions JC Lattès

Traité

 Un livre qui n’est pas dédiée aux femmes tristes, loin de là !

À l’heure de la course épuisante au bonheur, l’auteur, un journaliste colombien, voici un traité pour apprivoiser la mélancolie.

 

Recettes de vie, d’amour, qui parfois frise la sorcellerie – De l’urine et du basilic pour retrouver sa jeunesse….

 

Une écriture d’un autre siècle où l’auteur, discrètement ou avec ardeur propose et impose ses recommandations  « tu devras faire…, choisis de, ne t’en laisse pas imposer… » recommandations souvent farfelues, mais toujours sous une formulation sérieuse.

 

En quelques lignes,

des chapitres de 1 ou 2 pages- sans titre … Voici quelques remèdes et recettes pour celle qu’on appelle la femme triste, pour savoir comment se comporter à travers différentes situations embarrassantes :

 

si elle est enceinte ou vierge,

si elle est célibataire ou importuné par un envahissant odieux

si son mari la trompe ou ne bande plus

si elle est trop jolie ou plutôt moche,

si l’être aimé disparaît ou meurt,

ou encore les plats qu’il faut manger lorsqu’on veut se souvenir…

 

un petit traité philosophique un peu malicieux, salace à l’occasion… Avec candeur, il termine ainsi … “Je ne voudrais pas être autre chose que cela, un brave apothicaire, un potard, un pharmacien, le détenteur des recettes qui vont parfumer ta fantaisie” !

 

À lire quelques pages au lit, avant de fermer la lumière avec un sourire coquin !

 

 

 

 

La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender, éditions de l’Olivier

Avec humour, l’auteur se fait l’avocat de la mélancolie pour apprivoiser la tristesse…

 

Un tiTristessetre éloquent intriguant !

L’histoire de Rose Edelstein, une fillette qui, le jour de ses neuf ans, fait une découverte extraordinaire : elle est capable de ressentir très précisément les émotions et les sentiments des personnes à travers les plats qu’ils cuisinent et qu’elle goûte. En croquant dans une part de tarte au citron préparée à l’occasion de son anniversaire, elle perçoit la tristesse de sa mère : Rose devine que ses parents se sont disputés, et elle fait même un peu de fièvre en réaction à cette perception

le moindre aliment est investi d’une émotion.

C’est le vide et un manque qui s’inscrivent dans chaque bouchée jusqu’à l’écœurement. de ce jour où la cuisinière s’est livrée dans son plat comme à livre ouvert, Rose devine les émois, la colère, l’agacement de ces gens qui la nourrissent.

Un jour, en mangeant des pâtes que sa mère a préparées, Rose leur trouve « un goût d’idylle et de trahison » : Rose se rend compte que sa mère a une liaison avec Larry, le président de la coopérative dans laquelle travaille nouvellement sa mère.

Ne pouvant malgré tout constamment refuser les plats « maison », elle parvient au fil des années à vivre avec son don et à contrôler les émotions que chaque repas suscite, même la fois où elle se rend compte en mangeant des pâtes que sa mère trompe son père.

Un vrai choc, qui va la perturber grandement au point de la pousser à se réfugier dans la nourriture purement industrielle pour ne plus rien ressentir.

En réaction Rose tentera de ne consommer que des plats industriels afin de ne plus être perturbée par ce pouvoir qu’elle considère dévastateur dans sa vie.

L’atmosphère est tristounette, mélancolique, amère et douce, comme peut l’être une bouchée de cette fameuse tarte au citron qui figure en couverture.

Vous avancez avec lenteur dans ce roman de 345 pages

 

Le lecteur y trouvera le récit des difficultés de l’enfant à passer à l’âge adulte dans un univers où les relations qu’il noue avec sa mère, son père et ses frères et sœurs comptent au plus haut point.

le tout sur fond d’atmosphère particulière, intimiste, tendre, en demi-teinte, parfois poétique et un peu envoûtante

le frangin surdoué mais autiste, le père taciturne, fuyant, , et la mère obsessionnelle, dépressive

On traverse presque 15 ans de la vie de Rose pour constater que son existence n’a strictement aucun intérêt. En tout cas qu’il n’y avait vraiment pas de quoi en faire un roman.
Bon, je ne suis pas complètement couillon, j’ai bien compris que derrière le don de Rose l’auteur parle du passage à l’âge adulte,

A travers les émotions qu’elle ressent en mangeant, la jeune femme va peu à peu apprendre à savoir qui elle est. Ce contact avec l’extérieur, qui passe par la nourriture, est nécessaire à sa propre construction.

Douceur de vivre,

le passage à l’âge adulte

Ce roman hors norme offre aussi une belle réflexion sur la différence : comment être, vivre, s’épanouir autrement, sans rompre avec ses semblables… Rose trouvera les compromis nécessaires, s’offrira même un très bref moment de passion, plus doux qu’un gâteau au citron, avec George, l’ami de son frère-ange gardien.

Avec poésie et tendresse, Aimee Bender réinvente, l’air de rien, le conte philosophique. Son livre savoureux est plus qu’une ode à la tolérance : une incitation à réveiller le super-héros, le « surhumain » qui sommeille en nous.

L’héroïne de ce roman est notre narratrice, Rose Edelstein, dont ce fameux gâteau au citron a changé la vie.

 

 

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