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La cuisinière d’Himmler

La cuisinière d’Himmler, Franz-Olivier Giesbert, Gallimard, 2013

Le récit de la vie de Rose, cette cuisinière centenaire qui a traversé tout le 20e siècle. En 2012, à 105 ans, toujours propriétaire d’un resto à Marseille, elle dira «alors qu’une moitié de ma carcasse semble partie pour l’autre monde, je n’entends pas la mort qui frappe pour m’emmener chez elle. J’ai beaucoup trop de choses à faire en cuisine, devant mes casseroles, pour prendre le temps de lui ouvrir… »

himmlerArménienne, née en Turquie, en 1907, Rose a subi tous ces grands massacres du 20e siècle – en commençant avec le génocide arménien où toute sa famille fut assassinée par les révolutionnaires turcs. À ce moment, devenue orpheline, elle jure de se venger.

« Jusqu’à mon dernier souffle, dira-t-elle, je ne croirai qu’aux forces de l’amour, du rire et de la vengeance. »

Les recettes de Rose en prime

Et c’est parti pour la vie, une vie étonnante ! Donc orpheline, le destin la porte dans une famille de paysans à Marseille, où, – c’est le début d’une carrière, – celle qui deviendra sa mère adoptive, lui enseignera l’art de la cuisine, entre autre ce fameux flan au caramel, qui a séduit plus d’un homme ! D’ailleurs, on retrouve cette recette à la fin du livre et quelques autres en prime !

Puis avec son premier mari, en 1940, elle va devoir s’installer à Paris, elle ouvre un restaurant, où, elle y croise Himmler- le chef des SS de Hitler, qui donne d’ailleurs le titre au livre, cet affreux personnage qui avait des crampes d’estomac insupportables – la connaissance des plantes médicinales de Rose le rendront captif de Rose.

On continue le siècle – elle s’enfuit vers les États-Unis, on la retrouve à New York en 1943 avec Nelson Algren. (vous vous souvenez l’amoureux secret de Simone de Beauvoir), plus tard, dans les années 1950, elle vit quelques temps en Chine où elle subi le maoïsme. Elle y rencontre d’ailleurs le couple Sartre et Simone de Beauvoir…et là, elle enrichit sa culture culinaire et érotique. Finalement de retour à Marseille en passant par l’Albanie, ou elle règle ses comptes … et dans tous ces lieux, elle applique une partie de son credo : VENGEANCE ! Avec Rose, vous comprenez qu’aucun crime ne reste impuni.

Un auteur qui raconte

Ce roman n’est ni un livre politique, ni un livre historique mais plutôt l’oeuvre d’un journaliste qui sait raconter.

Parlons un peu de l’auteur : Franz-Olivier Giesbert est directeur du magazine Le Point depuis 2000. Auparavant, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur puis du Figaro… Un journaliste de métier !! et tout comme Flaubert qui disait «Emma Bovary c’est moi »– celui qu’on surnomme FOG à Paris, dira «Rose c’est moi… »

Pour Giesbert, cette fausse autobiographie extrêmement bien documentée est une occasion de revenir sur l’horreur imposée par tous ces dictateurs qui ont fait le 20e siècle. D’ailleurs, Rose dira « le jour de ma naissance, les 3 personnages qui allaient ravager l’humanité étaient déjà de ce monde : Hitler avait 18 ans, Staline 28 et Mao 13. J’étais tombé dans le mauvais siècle, le leur.»

À la fin, une section «PETITE BIBLIOTHÈQUE DU SIÈCLE», offre une sérieuse bibliographie incluant les titres d’auteurs renommés qui nous permettront d’approfondir la véritable histoire de ces grands massacres du 20e siècle.

Une scandaleuse cuisinière

Ceci étant dit et comme le titre le laisse sous-entendre : Rose est avant tout une cuisinière hors pair – et tout au long du livre, c’est toujours cette scandaleuse cuisinière qui séduit – autant à travers la réputation de ses restaurants, et de ceux de tous ces illustres pour lesquels elle aura fait la cuisine… «À la Petite Provence, mon restaurant marseillais … est un résumé de ma vie… Je la vois en regardant défilé la carte des menus, entre autres, le plaki de ma grand-mère, les aubergines à la provençale de Barnabé Bartavelle ou le flan au caramel d’Emma Lempereur.»

On aime, en parallèle à la grande histoire, la petite histoire de cette cuisinière qui derrière ses fourneaux réussi à traverser le 20e siècle sans rien perdre de sa sensualité ni de sa joie de vivre, tout en rencontrant la mort plusieurs fois sur son chemin… mais aussi l’amour … Pour nous, la cuisinière amoureuse dégustera un suave moment « Un baiser fort en bouche, puissant, gras, riche en alcool, avec un goût de champagne pour commencer, puis de tomme de brebis, de bois pourri, de noisette fraîche, de vieux rhum et de poivre gris en finale ! À lire sans faute

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